Geordin Hill-Lewis: «La ville du Cap met l’accent sur la durabilité environnementale»

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Geordin Hill-Lewis : « Le Cap est la meilleure ville africaine pour vos projets verts » ©Municipalité du Cap

Dans cette interview exclusive accordée à AFRIK 21, le maire du Cap, vante les exploits de la plus belle ville sud-africaine qui est également la plus moderne et « smart » du continent. Geordin Hill-Lewis qui administre 4 millions de Captoniens au quotidien évoque les défis énergétiques et climatiques pour lesquels il se bat depuis 2021. Le trentenaire, attendu du 21 au 23 février au Sommet africain sur l’économie verte (AGES) revient également sur l’intérêt d’investir massivement dans la transition écologique. Ce sera sans doute l’une des priorités de celui qui aspire à devenir « un jour » le Président de la République d’Afrique du Sud.

Dans cette interview exclusive accordée à AFRIK 21, le maire du Cap vante les exploits de la plus belle ville sud-africaine qui est également la plus moderne et « smart » du continent. Geordin Hill-Lewis qui administre 4 millions de Captoniens au quotidien évoque les défis énergétiques et climatiques pour lesquels il se bat depuis 2021. Le trentenaire, attendu du 21 au 23 février au Sommet africain sur l’économie verte (AGES2024) revient également sur l’intérêt d’investir massivement dans la transition écologique. Ce sera sans doute l’une des priorités de celui qui aspire à devenir « un jour » le Président de la République d’Afrique du Sud.

Benoit-Ivan Wansi : Fait-il bon vivre au Cap aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait la particularité de cette ville de plus de 4 millions d’habitants ?

Geordin Hill-Lewis : Nous sommes une ville au potentiel immense. C’est une période passionnante (actuellement, Ndlr) pour vivre au Cap, ville leader en matière d’innovation dans les domaines de l’énergie verte, de la sécurité de l’eau et de la durabilité environnementale en réponse au changement climatique.

Le Sommet africain de l’économie verte (AGES) organisé par le géant groupe de l’évènementiel Vuka s’ouvre le 21 février 2024. Quel message allez-vous porter aux investisseurs, aux décideurs politiques qui seront présents dans votre ville ?

Geordin Hill-Lewis : La ville du Cap est le meilleur endroit du continent africain pour réaliser vos investissements dans l’économie verte. Nous disposons d’une gamme de services dédiée aux investisseurs et d’initiatives visant à faciliter les affaires.

« De plus en plus d’entreprises mondiales investissent au Cap, créant de nouveaux emplois pour davantage de personnes dans notre ville », avez-vous déclaré récemment sur votre compte X (Twitter), à l’issue d’une visite à la chambre américaine du Commerce. Quels sont les secteurs et les catégories d’entreprises les plus en vues en ce moment dans votre ville ?

Geordin Hill-Lewis : Différents secteurs offrent actuellement un excellent potentiel de croissance au Cap : la technologie, l’économie verte, l’externalisation des processus d’affaires, l’économie de l’océan (économie bleue), le tourisme, le cinéma, etc.

Le Cap est souvent classé (notamment par le magazine américain Forbes) ville la plus « smart » sur le continent. Comment le numérique peut-il accélérer la transition vers des économies locales plus vertes ?

Geordin Hill-Lewis : Nous facilitons l’investissement dans la production intégrée à petite échelle et soutenons les technologies qui s’alignent sur l’infrastructure de notre réseau électrique.

À l’avenir, la conception et la rénovation des quartiers favorisera des modes de vie et des prestations de services économes en énergie, ainsi que des possibilités de déploiement d’énergies renouvelables à plus grande échelle.

En parallèle, des investissements majeurs sont réalisés dans des technologies de pointe pour le traitement des eaux usées et des moyens innovants pour protéger l’environnement naturel contre la pollution urbaine.

Êtes-vous engagés dans la ruée vers les obligations vertes et les crédits carbone comme d’autres grandes villes ? Si oui, quel est l’enjeu pour vous de recourir à ces mécanismes de l’économie verte. Avez-vous des agents communaux  formés à ce sujet ?

Geordin Hill-Lewis : Oui, à ce jour, la ville a reçu un total de 241 511 crédits émis par le MDP (mécanisme onusien), pour une valeur potentielle de 24,2 millions de rands sud-africains, soit 1,2 million de dollars. Le Conseil a décidé de les vendre aux enchères.

Les crédits ont été générés par les gaz de décharge – des infrastructures ont été installées sur différents sites de décharge.

Durant les trois jours du Sommet, la gestion durable des déchets sera abordée. Y a-t-il du nouveau dans le projet de construction d’une centrale à biogaz dans la décharge de Vissershok qui a été annoncé il y a quelques années. Est-ce une réponse locale aux délestages qui touchent l’ensemble de la nation arc-en-ciel notamment pour réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la compagnie nationale Eskom ?

Geordin Hill-Lewis : Un système de valorisation énergétique des déchets est en cours d’installation à Vissershok pour convertir les gaz de décharge en électricité. Ce système est conçu pour être mis en œuvre vers 2024/2025, pour un coût estimé à 197 millions de rands, soit 10,2 millions de dollars.

La première production de 2 MW à Vissershok est prévue pour 2024/2025, et augmentera par la suite pour atteindre une capacité de production de 7 à 9 MW d’ici 2026/2027, en fonction des rendements en gaz.

En matière de biodiversité, l’Afrique du Sud fait partie des 17 pays mégadivers concentrant 70 % de la biodiversité terrestre notamment grâce à ses 19 parcs nationaux qui couvrent jusqu’à 40 802 km2 de son territoire et particulièrement la montagne de la Table située dans la ville du Cap. Quelles sont les mesures qui sont prises au niveau de la municipalité pour que ce potentiel naturel échappe à la menace climatique et contribue plutôt au développement de l’économie verte ?

Geordin Hill-Lewis : En collaboration avec les parcs nationaux sud-africains et CapeNature, la ville a mis en place le réseau de biodiversité (BioNet) afin d’identifier les zones à conserver et de mettre en œuvre l’expansion et la gestion des zones protégées de manière durable, tout en facilitant le développement pour répondre aux besoins d’une ville en pleine croissance.

Pouvez-vous nous dire un mot sur le projet de rénovation et d’extension des réserves naturelles en cours dans votre territoire. Espérez-vous des retombées dans le domaine de l’écotourisme, sachant que le Cap a attiré 317 000 visiteurs internationaux depuis le début de l’année et parmi lesquels les férus de la nature ?

Geordin Hill-Lewis : Le réseau des réserves naturelles de la ville renforcera les possibilités d’éducation, de loisirs et de tourisme. Actuellement, les réserves naturelles de la ville offrent des destinations importantes telles que les dunes de Witzands, près d’Atlantis, où l’on trouve toute une série d’activités récréatives et commerciales telles que le sandboarding, le quad, le 4×4, le tournage de films, la randonnée et d’autres activités permettant d’apprécier les paysages spectaculaires.

La 28e Conférence des parties des Nations unies sur le climat (COP28) s’est clôturée le 12 décembre 2023 à Dubaï sans annonce majeure. Aviez-vous des attentes précises notamment en matière d’appui à la résilience climatique des villes qui font face aux conséquences économiques des catastrophes naturelles (inondations au Cap en septembre 2023) ? Pensez-vous que la coopération décentralisée entre les villes du Sud peut faire barrage aux différentes ambiguïtés de l’architecture financière mondiale actuelle ?

Geordin Hill-Lewis : Il est important de soutenir les municipalités et les villes comme Le Cap dans leurs efforts pour atténuer le changement climatique et s’y adapter. La conservation et la protection de la biodiversité et des services écosystémiques sont essentielles. Un financement et des partenariats permanents dans les pays du Sud contribueraient grandement à atténuer les catastrophes naturelles.

Quelles sont les villes d’autres pays que prenez pour modèle en termes de planification urbaine ?

Geordin Hill-Lewis : Dans ce contexte, la planification urbaine vise généralement à maintenir un équilibre entre le développement économique, communautaire et immobilier, tout en préservant la protection de l’agriculture et de la biodiversité, et en utilisant de manière durable des ressources limitées telles que l’eau et les terrains aménageables. Le Cap engage régulièrement des villes d’Afrique et d’Australie sur des modèles de croissance urbaine. Pour les aspects liés à la protection des ressources et au développement des infrastructures, certaines villes européennes et britanniques sont sollicitées. En ce qui concerne les avancées technologiques et l’engagement des autorités locales auprès de leurs citoyens, les villes d’Asie et d’Afrique sont citées en exemple. En ce qui concerne l’optimisation du foncier, certaines hypothèses historiques héritées des villes américaines sont réexaminées et réévaluées.

Vous avez siégé au parlement sud-africain pendant une décennie (2011-2021), ce qui fait de vous une personnalité politique connue des Sud-africains. Quelles sont vos ambitions pour la présidentielle qui se tiendra en mai 2024. Serez-vous candidat, pour bâtir par exemple des villes encore plus vertes et fortes ?

Geordin Hill-Lewis : J’espère vraiment voir un changement rafraîchissant au niveau du gouvernement national lors des élections de 2024. Je suis actuellement maire du Cap et j’aime chaque instant de ce travail, car nous progressons vers la construction d’une ville d’espoir pour tous, conformément à notre vision à long terme. Un jour, j’aimerais me présenter aux élections présidentielles.

Propos recueillis par Benoit-Ivan Wansi

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