GUINÉE : Réseau environnement bauxite élabore son plan pour protéger la biodiversité

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Mine de bauxite. © Shutterstock

Six entreprises exerçant dans la région minière de Boké, à l’ouest de la Guinée, se sont regroupées le 22 mai 2018 pour créer le Réseau environnement bauxite (REB). Mise en place sous l’égide de la Chambre des mines de Guinée (CMG), l’objectif du REB est de mieux gérer les impacts cumulés de l’exploitation minière sur la biodiversité. Pour ce faire, le réseau s’est entouré des conseils et de l’expertise du bureau d’étude Biotope afin d’élaborer concrètement son plan d’action.

La bauxite, pilier actuel de la croissance guinéenne, est essentiellement extraite dans la région de Boké, à l’ouest de la Guinée. Pour le meilleur et (parfois) pour le pire. Car les impacts environnementaux peuvent être ravageurs. Or, c’est justement pour mieux gérer ces impacts sur la biodiversité que, à l’initiative de la CBG (Compagnie de Bauxites de Guinée) et de la GAC (Guinea Alumina Corporation) en février 2018 et sous l’égide de la Chambre des mines de Guinée (CMG), six entreprises minières (sur les quatorze opérant dans la région) se sont donné la main pour créer, le 22 mai 2018, le Réseau environnement bauxite (REB). L’initiative est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une première guinéenne qui, si elle tient toutes ses promesses et comporte des garanties sérieuses, pourrait préfigurer une toute nouvelle manière d’exploiter ce minerai qui est à la base de toute la production d’aluminium.

Pour la Guinée, l’enjeu est vital

Troisième plus gros producteur mondial de bauxite, avec un tiers des réserves mondiales prouvées, le minerai rouge de la région de Boké attire les Australiens, les Britanniques, les Émiratis, les Français, les Indiens, les Russes et surtout… les Chinois. Depuis que, pour des raisons environnementales et sanitaires, l’Indonésie, en 2014, puis la Malaisie, en 2016, ont interrompu leurs exportations de bauxite vers la Chine (premier consommateur d’aluminium de la planète) la Guinée est devenue son principal fournisseur. En quelques années la production de bauxite du pays a explosé. Rien qu’en 2017, elle a augmenté de près de 40 %, passant à 43 millions de tonnes. Et le président, Alpha Condé, ne compte pas en rester là : il a décidé de fonder les ambitions de développement du pays sur l’extraction du minerai rouge. L’objectif immédiat est d’atteindre la production 60 millions de tonnes de bauxite d’ici 2020. Dans sa tentative de structurer l’activité au bénéfice du pays et éviter une nouvelle « malédiction des ressources », le gouvernement a mené avec un certain succès une refonte du code minier en 2011 et tente de développer localement la production d’alumine et même d’aluminium qui pourrait offrir une vraie valeur ajoutée et entraîner un surcroît d’emploi, peut-être à même de calmer la contestation des populations locales qui s’estiment lésées dans le partage des richesses. Reste donc la question environnementale qui risque de freiner ces grands desseins, surtout pour un pays qui affichait des ambitions exemplaires au moment de la COP-CBD (Convention on Biological Diversity).

Timbre "Bauxite en Guinée". © Shutterstock

Car les impacts environnementaux de l’extraction du minerai rouge sont lourds. Lors du drainage rocheux, les déchets dégagés à l’extérieur des mines produisent de l’acide sulfurique au contact de l’eau et de l’air. Et, pendant la saison des pluies, les polluants contenus dans la fameuse poussière rouge s’infiltrent dans les sols lessivés, se déplacent et peuvent alors rejoindre les nappes phréatiques ou les cours d’eau. La vie terrestre et aquatique s’en trouve très fortement impactée, car l’eau est alors polluée par différents métaux comme la bauxite, mais aussi l’arsenic, le plomb, le cuivre, le cobalt, le zinc ou encore l’argent.

Gestion de l’impact environnemental de l’exploitation minière

Dès lors, on comprend mieux l’importance cruciale pour le pays de cette journée du 22 mai 2018. Ce jour-là, les entreprises minières de la région de Boké se sont réunies sous l’égide de la CMG, mais aussi du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour une conférence-débat, à l’occasion de la journée mondiale de la biodiversité célébrée chaque année à cette date. À l’issue de cette manifestation, les plus gros exploitants, Guinea Alumina Corporation (GAC), Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), Alliance Mining Comodities (AMC), Alliance Minière Responsable (AMR), Société Minière de Boké (SMB), et Alufer ont annoncé leur initiative en faveur de la biodiversité.

Ces entreprises, réunies au sein du Réseau environnement bauxite (REB), se sont engagées à se coordonner pour mieux gérer leurs impacts sur leur environnement naturel. Elles veulent troquer leur costume de perturbateur de la biodiversité pour endosser celui de protecteur, à travers ce tout nouveau réseau. Ce regroupement doit permettre à chacun de mieux avancer vers « un développement minier responsable et inclusif ». La création du REB a fait l’objet de la signature d’un protocole qui précise l’obligation faite aux exploitants miniers de collaborer entre eux pour réduire les impacts cumulatifs de l’activité minière à Boké. Ceux-ci se sont également engagés à un changement de pratique au niveau de la planification communautaire de la gestion des terres et des ressources naturelles. Pour ce faire, les populations locales devraient à l’avenir être davantage consultées et impliquées au moment de la réalisation des études d’impact environnemental des activités minières.

Les priorités du REB

Le REB a choisi de se fixer certaines priorités, notamment le renforcement de la protection du milieu marin. Car la région minière de Boké est située à une cinquantaine de kilomètres de l’océan, relié notamment par des cours d’eau et des mangroves. Or ce dernier écosystème sert à protéger les côtes contre les agressions des tempêtes ou des cyclones, et la montée du niveau de la mer liée au réchauffement climatique. Notamment grâce aux racines émergées des arbres, les palétuviers, qui diminuent la force des vagues. Plus important encore, c’est dans ce milieu que de nombreuses espèces de poissons viennent se reproduire et assurer la croissance de leurs progénitures. Il devient donc impératif de protéger cet écosystème marin. Et sur ce point en particulier, le REB pourra compter sur le soutien du gouvernement guinéen.

Le réseau devrait également effectuer le suivi de l’érosion côtière, la biosurveillance des animaux marins et des « habitats critiques », ainsi que la réhabilitation des rizières endommagées par l’élévation du niveau de la mer.

À cela, il faut ajouter un volet formation, notamment celle d’écologues villageois. Ceux-ci devront effectuer la surveillance de la biodiversité et la gestion des ressources naturelles locales. L’autre activité préconisée dans le protocole d’entente signé entre les six entreprises minières est la création d’un corridor écologique et la plantation d’arbres qui serviront de sources d’énergie pour les communautés locales. Et, afin de donner corps à ces ambitions dans les meilleures conditions, le REB a fait appel aux spécialistes de l’entreprise Biotope.

L’apport de Biotope au travers du projet COMBO

Biotope est une entreprise spécialisée dans l’étude, la conservation et la valorisation de la biodiversité. Elle exerce cette activité en Europe, en Asie et en Afrique, notamment au Maroc, à Madagascar et au Gabon. Biotope est également présent en Guinée, où elle met en œuvre le projet Combo, financé par l’AFD, le FFEM et la fondation MAVA. Le projet se donne comme objectif de favoriser des meilleures pratiques pour concilier développement économique et conservation de la biodiversité et des services écosystémiques.  Ceci implique des échanges suivis avec les autorités gouvernementales (avec la formulation d’une Stratégie nationale en la matière), les entreprises (visant l’analyse des solutions les plus pertinentes à ce niveau) et les acteurs de la société civile, dont les ONG de conservation de la nature.

C’est donc à ce titre que Catherine André, responsable du projet Combo en Guinée, a participé et animé un panel à la conférence-débat du 22 mai 2018, qui a vu la création du REB. Mais l’action de Biotope va au-delà. Elle apporte son expertise pour conseiller le Réseau environnement bauxite dans l’élaboration de son plan d’actions. La première assemblée générale du REB a eu lieu à Boffa, chez AMR, le 28 aout 2018. Espérons que cette plateforme d’échanges et de collaboration sur les bonnes pratiques environnementales et de biodiversité, pour mieux atténuer les impacts cumulatifs des activités minières, génèrera des mesures concrètes et efficaces. Elle pourrait alors servir d’exemple sur le continent à d’autres activités qui cherchent à concilier environnement et économie.

Jean Marie Takouleu

 

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