CAMEROUN : des réfugiées centrafricaines gagnent leur vie avec du charbon écologique

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TUNISIA: Chanouf produces bio coal from waste ©J. Helgason/Shutterstock

Plus d’une centaine de rescapées de la crise centrafricaine, vivant au Cameroun, ont découvert une nouvelle passion : elles produisent du charbon écologique qu’elles vendent pour prendre soin d’elles et de leurs familles. Leur action permet aussi de lutter contre la destruction de l’environnement.

Elles habitent le camp de Gado-Badzéré, localité du Cameroun située dans le département du Lom-et-Djérem et la région de l’Est, à proximité de la frontière centrafricaine. Ces femmes réfugiées de Centrafrique ont décidé de trouver un moyen de se faire un peu d’argent tout en protégeant l’environnement. Elles recyclent chaque jour des déchets végétaux pour en faire du charbon écologique. Sous la pluie et sous le soleil, elles travaillent au quotidien pour faire fonctionner leur « entreprise. » Pour obtenir leur produit, elles font brûler des déchets de maïs, de manioc et de l’herbe de Laos, communément appelée Bokassa séché. Elles stockent ensuite le produit obtenu dans un fût qu’elles ferment hermétiquement. Simultanément, une autre équipe prépare de la bouillie de manioc qui va ensuite être ajoutée aux déchets carbonisés. Le but ici est de rendre la pâte compacte. L’ensemble est ensuite versé dans un moule en forme cylindrique. Après refroidissement, les femmes obtiennent des briquettes de charbon en forme de cylindre. Pour Fatou Ousmane, l’une de ces ouvrières, fabriquer des charbons écologiques est une arme pour lutter contre la destruction de l’environnement. « Nous aimons ce que nous faisons. Nous produisons un charbon résistant et qui n’est pas toxique,  nous protégeons ainsi notre environnement, car nous n’allons plus en brousse pour couper du bois », a-t-elle affirmé au journal Le Monde.

Des familles retrouvent du sourire grâce au charbon

Par semaine, ces femmes produisent en moyenne 300 kg de charbon. Elles vendent le kilogramme à 0,30 euro dans le camp contre 0,38 aux externes. Le sac de 30 kg quant à lui est vendu respectivement à 9,12 et 11,45 euros. Fatou Ousmane, s’adressant au journal Le Monde, donne des détails sur la gestion des revenus. « Pour chaque sac de charbon vendu, on reverse la moitié de la recette dans notre caisse. Cet argent sert à acheter la biomasse, le carburant, et à entretenir les machines. On se partage l’autre moitié. »
Cette pratique rappelle celle dont le journal en Ligne Reporterre s’était fait l’écho en janvier 2018. Ce sont ici des réfugiées de Boko Haram qui, entre Bokolo et Maroua, à l’extrême nord du Cameroun.Là aussi des femmes, exilées et autochtones, fabriquent du charbon à partir de déchets végétaux. Seule différence : leurs briquettes sont fabriquées à partir de coquilles d’arachides, d’épis de maïs et de tiges de mil.

La déforestation, cette plaie qui saigne malgré les efforts du gouvernement

Le Cameroun a perdu une grande partie de ses forêts, exploitées illégalement. En mai 2018 lors du lancement de la campagne nationale de reboisement, le gouvernement s’est engagé à restaurer plus de 12 millions d’hectares de terres perdues à cause de la déforestation. Un objectif qu’il espère atteindre à l’horizon 2030. À court terme, l’État camerounais veut planter 556 100 arbres avant la fin de cette campagne. Un projet qu’il évalue à près de 1 000 euros. Un investissement qui vaut bien la peine, surtout que la forêt du Cameroun est le deuxième massif forestier le plus important d’Afrique, après celui de la RDC, avec 22, 5 millions d’hectares. Les activités liées à cette représentent plus de 45 000 emplois et près de 7 % du PIB.

Luchelle Feukeng

 

 

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