AFRIQUE : quand la culture du palmier à huile menace la biodiversité…

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AFRIQUE: quand la culture le palmier à huile menace la biodiversité…©Filipe Frazao/Shutterstock

Une équipe des chercheurs du Cirad et du Centre commun de recherche de la commission européenne a évalué au cours d’une étude, l’impact que pourraient avoir l’expansion de la culture du palmier à huile en Afrique. Les conclusions de cette recherche montrent qu’il sera très difficile de concilier le développement du palmier à huile en Afrique et la conservation de la biodiversité.

Dans trente ans, la culture du palmier à huile devra s’étendre du 53 millions d’hectares, dont 44 millions pour la production alimentaires. Ce qui veut dire en d’autres termes que les superficies de production de cette denrée devront quadrupler (en 2015, les palmiers occupaient 20 millions d’hectares. Ndlr). L’étude révèle que 273 Mha de terre au total  pourraient être cultivés en palmier à huile en Afrique : 84 Mha avec un faible rendement, 139 Mha avec un rendement moyen et seulement 50 Mha avec un fort rendement. Un investissement qui ne serait pas sans effet sur la biodiversité. Selon Ghislain Vieilledent, écologue au Cirad et co-auteur de l’étude,  « En croisant ces chiffres avec les données de vulnérabilité des primates, la culture du palmier à huile ne serait possible, avec un faible impact sur les primates, que sur 3,3 Mha. Un chiffre qui tombe à 0,13 Mha si l’on ne prend que les terres à fort rendement.» Pourtant, ces  3,3 Mha et de 0,13 Mha correspondent seulement à 6,2 % et 0,2 % des 53 Mha de terre nécessaires pour répondre à l’augmentation de la demande en huile de palme estimée en 2050. L’Afrique est ainsi mise en mal car elle dispose d’un avantage naturel favorable à la culture des palmiers à huile. Ces derniers sont cultivés au Nigéria, en côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Cameroun, au Gabon et au Ghana.

La biodiversité en danger

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, 37%  des 193 espèces de singes vivant en Afrique sont « menacées d’extinction ».  Ces chiffres pourraient s’alourdir si leur espace vital est détruit pour favoriser la culture de l’huile de palme. Les primates comme le précise l’étude sont de bons indicateurs de l’ensemble de la biodiversité. Ils jouent un rôle capital car « en dispersant les graines, ils jouent un rôle dans le maintien de la composition des écosystèmes forestiers ».  Les chercheurs dans la conclusion de l’étude affirme sans hésiter qu’il sera donc difficile de concilier la culture des palmiers à huile et la biodiversité.

Des pistes de sortie…

Les chercheurs en ont proposé. Pour eux, il est possible d’éviter le désastre écologique.  Selon Ghislain Vieilledent, «  pour conserver la biodiversité africaine, des solution existent. L’une d’elle pourrait être d’augmenter les rendement des plantations actuelles par l’utilisation des semences à haut rendement en huile et l’adoption des meilleures pratiques agricoles.» Dans cet ordre d’idées, des initiatives comme Roundtable on Sustainable Palm Oil qui valorisent la production durable de l’huile de palme peuvent être soutenue par les décideurs africains. Le biodiesel pourrait aussi être une alternative à l’huile de palme, ce qui réduirait son taux de consommation actuel dans les pays du Nord en l’occurrence.  Des mésures, pour sauver la vie à la biodiversité en Afrique.

Luchelle Feukeng

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