AFRIQUE DU SUD : fabriquer des engrais à base d’urines grâce aux urinoirs sans eau

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SOUTH AFRICA: Producing urine-based fertilizers thanks to waterless urinals© giulio napolitano//shutterstock

L’urine, que l’on considère désormais comme de l’« or liquide » est une ressource qui peut servir à fabriquer de l’engrais utile à l’agriculture. Mais cette ressource est tout simplement rejetée dans les égouts où elle provoque des pollutions. Cela coûte chaque année des millions de dollars aux municipalités. En collectant et en recyclant les urines pour fabriquer de l’engrais, il est possible de protéger l’environnement tout en produisant des intrants utiles pour la fertilisation des sols.

En Afrique du Sud, une équipe de chercheur dirigée par le Dr Dyllon Randall de l’Université du Cap (UCT) développe avec succès un urinoir sans eau pour produire des engrais. Cette technique a été implémentée pour la première fois en 2017 dans le nouveau bâtiment d’ingénierie de l’UCT et dans une résidence pour hommes à Athlone (une banlieue de la ville du Cap, NDLR), où un conteneur de 25 litres a été utilisé.

Le principe est simple, les individus doivent se soulager dans un urinoir. Ce récipient, que l’on pourrait placer dans les coins de rue, contient de l’hydroxyde de calcium (chaux) qui transforme l’urine (liquide) en une matière solide. Une fois plein, l’urinoir est retiré par un opérateur et transporté vers une usine où l’engrais est récupéré selon Dr Dyllon Randall.

« Dans un deuxième temps, nous combinons les matières fécales et l’urine avec de l’eau de très bonne qualité et nous l’envoyons dans une usine de traitement des eaux usées », précise le scientifique lors de la conférence biennale de l’Institut de l’eau de l’Afrique australe au Cap. Selon lui, on pourrait facilement adapter l’urinoir producteur d’engrais aux ménages ou aux bâtiments commerciaux désireux de réduire davantage leur consommation d’eau, tout en faisant du bien à la planète grâce au recyclage des déchets d’origine humaine.

« UCT utilise environ 8 piscines olympiques d’eau, juste pour rincer les urinoirs classiques chaque année », a-t-il expliqué, ajoutant que l’université a également besoin de 4 tonnes d’engrais pour ses terrains de sport. « Si vous collectez toute l’urine sur le campus à partir des urinoirs, nous pourrions produire sept tonnes d’engrais pour compenser les coûts du nouveau système » explique le chercheur.

L’idée développée par le Dr Dyllon Randall est en train de sortir du campus. Le géant immobilier GrowthPoint a déjà adopté ce système. Les urines récoltées sont stockées dans le sous-sol de ses locaux, puis transportées vers le site de production d’engrais.

Une technique plus économique

Bien que ce processus permette d’économiser de l’eau dans la ville du Cap, frappée par la sécheresse, le potentiel d’économies financières est également substantiel, notamment en raison de l’augmentation des tarifs de l’eau dans la ville. « En récoltant également l’urine des femmes, on pourrait doubler la quantité d’engrais produite », a rappelé Janette Neethling, ingénieure chez Partners in Development (PID).

Les urinoirs mixtes homme-femme fabriqués localement coûtent environ 24 000 rands (soit 1 000 dollars). Les toilettes à chasse d’eau conventionnelles coûtent entre 50 000 rands (3 000 dollars) et 90 000 rands (6 000 dollars). La bien nommée, Liquid Gold (une Greencity Startup en Afrique du Sud), qui opère entre autres dans la transformation d’urine, cherche à déployer environ 1 000 unités de ces urinoirs dans des écoles à travers le pays où l’urine peut être collectée, stockée, puis transportée pour être transformée en engrais.

Audrey Chomgui

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